
Le feuilleton judiciaire autour d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre devenu figure de l’opposition, a connu un nouveau rebondissement ce vendredi 15 mai 2026. La chambre d’accusation de la cour d’appel de Libreville a rejeté l’ensemble des recours de la défense, confirmant ainsi son maintien en détention provisoire. Une décision qui suscite de vives tensions entre le pouvoir judiciaire et le parti Ensemble pour le Gabon (EPG), qui dénonce une « instrumentalisation politique ».
Une détention prolongée pour une affaire de cinq millions de francs CFA
Arrêté le 15 avril dernier par les éléments de la Direction générale des recherches (DGR), Alain-Claude Bilie-By-Nze est poursuivi pour des faits présumés « d’abus de confiance et d’escroquerie ». L’affaire remonte à 2008, lorsqu’il était chargé d’organiser un festival national. Une plaignante lui reproche de ne pas avoir remboursé une créance de 5 millions de francs CFA (environ 7 600 euros), un prêt destiné à préfinancer une mission d’État.
Pour la défense, ce dossier « ne présente aucune pièce accablante ». Les avocats de l’ancien chef du gouvernement plaident que leur client, qui dispose de toutes les garanties de représentation, ne représente « aucun risque pour la société ». Ils ont dénoncé des « violations du contradictoire » et des « irrégularités » de procédure.
Mais la cour d’appel en a décidé autrement, justifiant son refus par « l’intérêt de préserver l’ordre public », sans davantage préciser les motifs. Une décision qui intervient un peu plus d’un an après l’élection présidentielle d’avril 2025, à laquelle l’ancien Premier ministre était candidat.
L’EPG crie à la « détention politique » et monte en puissance
La réaction du parti EPG ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué en lettres majuscules, le mouvement qualifie la décision de « seuil particulièrement grave dans l’effondrement de l’État de droit » et accuse le pouvoir exécutif d’avoir pris « l’emprise assumée sur l’appareil judiciaire ».
« Quand la liberté d’un citoyen, fût-il ancien Premier ministre, ne dépend plus exclusivement du droit mais de considérations politiques, c’est chaque Gabonais qui devient vulnérable », écrit la formation.
L’EPG annonce un changement d’échelle dans son combat : saisines des juridictions régionales et internationales (Cour africaine des droits de l’homme, instances de l’ONU), mobilisation d’un cabinet d’avocats français, et appel à la « mobilisation citoyenne, politique et médiatique » des Gabonais de la diaspora.
Trois objectifs sont affichés : la libération immédiate de leur président, son blanchiment judiciaire complet, et la reconnaissance des violations de droits commises.
L’exécutif renvoie vers la justice : « une compétence judiciaire, pas politique »
Contactés ces derniers jours, plusieurs membres de l’exécutif gabonais opposent une fin de non-recevoir aux critiques. Sur les médias internationaux , le porte-parole de la Présidence a rappelé la position constante du sommet de l’exécutif : « Il s’agit d’une affaire de droit commun. La présidence n’a ni à commenter, ni à intervenir dans une procédure judiciaire en cours. C’est la justice qui est compétente, ce n’est pas notre sujet . » a déclaré, Théophane Nzame Nzé Biyoghe
Une ligne de défense que l’EPG juge « hypocrite » : « Quand des magistrats cessent d’être les gardiens des libertés pour devenir les exécutants silencieux d’intérêts politiques, c’est toute la nation qui bascule dans l’insécurité juridique », réplique le communiqué.
Entre légalisme et soupçons : une justice sous pression
Pour une large partie de l’opinion, cette affaire met en lumière les fragilités de l’État de droit au Gabon, régulièrement pointées par les organisations internationales. Si la décision de la cour d’appel est juridiquement motivée par la notion d’« ordre public », aucun élément du dossier versé au débat public ne permet de justifier publiquement le maintien en détention d’un ancien chef de gouvernement pour une créance ancienne de faible montant.
À l’inverse, le parquet et les magistrats disent avoir jusqu’ici suivi la procédure : garde à vue, présentation au parquet, ordonnance de placement en détention provisoire, examen en appel. Rien, dans la forme, ne semble entaché d’illégalité manifeste.
Reste la question de l’opportunité. Pour des observateurs de la vie politique gabonaise, l’arrestation et la détention prolongée de Bilie-By-Nze, interrogent inévitablement sur d’éventuelles motivations cachées.
Un combat qui s’internationalise
L’EPG affirme avoir « d’ores et déjà mobilisé un cabinet d’avocats français » pour porter l’affaire devant les instances internationales. Objectif : obtenir la libération de leur leader et faire reconnaître ce qu’ils considèrent comme une détention arbitraire.
Cependant, ces recours aboutiront-ils avant que le dossier ne soit jugé sur le fond. Car pour l’instant, aucune date d’audience n’a été communiquée. Alain-Claude Bilie-By-Nze reste détenu à la maison d’arrêt de Gros-Bouquet, à Libreville.



