
Ils ont attendu dix ans. Dix ans de promesses, de murmures, de dossiers qui s’empilent et de dettes qui rongent. Ce Vendredi 19 juin, les portes de l’agence PosteBank de Libreville ont enfin craqué pour eux. Mais si la fête est là, l’amertume, elle, n’a pas totalement déserté les lieux.

Au lendemain d’une cérémonie officielle où le président Brice Clotaire Oligui Nguéma a remis symboliquement les premiers bons de caisse à une poignée d’heureux élus, la ruée était prévisible. Dès l’aube, des files d’attente se sont formées devant les guichets, comme un exode silencieux vers une réparation longtemps différée.
« L’œil qui a vu ne ment pas » : la phrase, lancée par Joseph Patrick Souchlaty Poaty, porte-voix des épargnants, résume à elle seule l’ambiance. Un mélange d’euphorie contenue et de ras-le-bol historique. Car si le remboursement est enfin là, il arrive après des années de « malaise social et de déshonneur », comme il l’a lui-même rappelé, en visant sans détour « l’ancien régime inhumain ».
Le gouvernement, lui, joue la carte de la rédemption. Le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, a martelé un message clair : « Ce n’est pas qu’un remboursement, c’est une restitution de dignité. » Une minute de silence a même été observée en mémoire des épargnants disparus avant de toucher leur dû. Un geste fort, qui en dit long sur l’urgence sociale de ce dossier.
Mais dans les rangs, une question taraude : pourquoi avoir attendu si longtemps ? Le contexte budgétaire contraint est invoqué, loué même, comme un exploit. « Il a fallu un homme courageux », a salué le représentant des épargnants, en écho aux déclarations présidentielles. Pourtant, dans les files d’attente, quelques murmures rappellent que la confiance, elle, ne se décrète pas : elle se mérite.
62 000 Gabonais, 62 000 histoires
Ce sont eux, les chiffres de cette opération nationale. Des familles entières qui, comme des chrysalides, espèrent renaître de cette longue traversée du désert. Le processus est lancé, étendu sur tout le territoire. Mais entre la promesse et le virement, il reste des jours, des semaines peut-être, d’incertitude.Alors, ce samedi 20 juin, si l’air sent la délivrance, il flotte aussi une odeur de vigilance. Les épargnants ont obtenu un papier. Ils attendent maintenant l’argent. Et surtout, ils n’ont pas oublié la leçon : la parole donnée, quand elle tarde, finit par s’user.Rendez-vous dans les prochains jours pour la suite de ce feuilleton financier qui tient en haleine tout un pays.



