
Alors que la date de la visite d’État du chef de l’État gabonais à Paris , une question écrite déposée à l’Assemblée nationale française par un député d’opposition a jeté un pavé dans la mare diplomatique. Accusant Paris de « cautionner un tournant autoritaire » et de favoriser des intérêts privés au détriment du peuple gabonais, le texte a suscité une vive réaction dans l’entourage du président de Brice Clotaire Oligui Nguema, qui y voit une « lecture erronée » et un « procès d’intentions » déconnecté des réalités du terrain.

Une initiative parlementaire qui n’engage pas la diplomatie française
D’emblée, les autorités gabonaises tiennent à relativiser la portée de cette interpellation. « Une question écrite est un acte parlementaire individuel. Elle ne saurait être confondue avec la position de l’exécutif français, qui maintient son invitation et son calendrier pour le 20 juillet », souligne une source proche du dossier. Assimiler la démarche d’un élu de la France insoumise à la politique étrangère d’Emmanuel Macron reviendrait, selon Libreville, à entretenir une « confusion dangereuse » sur la nature des relations franco-gabonaises, désormais fondées sur un partenariat d’égal à égal.
Justice et libertés publiques : le droit comme seul arbitre
Concernant la détention de l’opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze, évoquée par le député français, le pouvoir gabonais oppose une fin de non-recevoir. « Le chef de l’État s’est publiquement désolidarisé de cette procédure, rappelant qu’il s’agit d’une affaire judiciaire et non politique. La séparation des pouvoirs, c’est aussi cela, l’État de droit », a rappelé un porte-parole.
Sur la régulation du numérique, la suspension temporaire des réseaux sociaux décidée en février est justifiée par la nécessaire lutte contre les « désordres informationnels ». Depuis le 23 juin, un cadre légal voté par le Parlement organise leur retour progressif, en mettant l’accent sur la protection des mineurs. Quant à la réforme du code de la nationalité, elle est présentée comme un « acte de souveraineté » comparable à ceux pratiqués par de nombreuses nations.
Crise sociale : « Des chiffres non sourcés » face aux réformes engagées
L’opposition française pointe une « grave crise sociale », évoquant un chômage massif des jeunes et un accès limité à l’eau potable. Libreville dénonce des « données non sourcées et dénuées de toute vérification ». Sans nier les difficultés persistantes héritées du passé, les autorités mettent en avant des avancées concrètes : le remboursement des épargnants de Postebank engagé le 19 juin, la mise en place d’une centrale d’achat publique pour lutter contre la vie chère, ou encore des investissements structurants dans les réseaux d’eau et d’électricité.
« Un pays ne se réforme pas en un an : on en pose les fondations, et on le juge sur la durée », martèle-t-on au palais présidentiel, en rappelant que le transfert d’une partie des recettes minières aux collectivités locales vise à réduire les inégalités territoriales.
Souveraineté minière : « La transformation locale en 2029, pas une ligne dans un tableau d’actionnaires »
Le sujet le plus sensible reste l’épineux dossier de la participation du Gabon au capital du groupe Eramet. Le député français dénonce un « sauvetage de la famille Duval » à hauteur de 131 milliards de francs CFA, détournant les fonds publics des besoins essentiels.
Le gouvernement gabonais réfute catégoriquement cette analyse, jugée « simpliste et trompeuse ». L’enjeu réel, assure-t-on, n’est pas une prise de participation financière dans la maison mère française, mais la maîtrise de la chaîne de valeur nationale. « La souveraineté réelle, c’est la transformation locale du manganèse en 2029, pas une ligne dans un tableau d’actionnaires », assène un conseiller économique.
Concrètement, la nouvelle réglementation impose qu’à l’horizon 2029, aucune ressource ne puisse être exportée sans avoir été transformée sur le sol gabonais. Cette règle engage autant le partenaire industriel (Eramet via sa filiale Comilog) que l’État, qui négocie parallèlement un rééquilibrage de ses parts dans la Société d’exploitation du Transgabonais (Setrag). « Réduire la stratégie nationale à une opération financière, c’est en ignorer la finalité : l’industrialisation du pays », conclut la même source.
Visite du 20 juillet : un dialogue, pas un « blanc-seing »
Enfin, la perspective de la visite d’État du 20 juillet est défendue comme un acte diplomatique majeur. « Recevoir, c’est dialoguer, pas cautionner. Ce rendez-vous, s’inscrit dans une relation de partenaire à partenaire, où l’on parle d’investissements, de transitions écologique et numérique, et de l’avenir de la jeunesse », explique un diplomate.
Face aux critiques, Libreville invite à considérer ce déplacement comme une opportunité de « poser les fondations d’un mandat de réformes », dont les fruits ne pourront être jugés qu’à l’aune du temps long, loin des polémiques partisanes immédiates.



