
Une semaine après l’arrestation musclée d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, l’ex-Premier ministre devenu opposant, le Gabon retient son souffle. Alors que le parti « Ensemble pour le Gabon » (EPG) crie à la « dérive de l’État de droit » et à l’« isolement total » de son leader, la présidence esquive le sujet, préférant annoncer un grand forum sur l’intelligence artificielle. Entre une dette vieille de 18 ans et les droits de la défense bafoués, la justice gabonaise se retrouve sur le gril.
15 avril 2026, l’aube d’un séisme politique
Ce mercredi 22 avril, le ton était donné. Lors d’un point presse à Libreville, Aimé Mapangou, secrétaire général d’EPG, n’a pas mâché ses mots. Derrière lui, l’ombre d’un parti sous choc : depuis huit jours, personne – ni famille, ni avocats – n’a pu approcher Alain-Claude Bilie-By-Nze, incarcéré après une interpellation à son domicile par les agents de la Direction générale des recherches (DGR).
« À ce jour, ni sa famille, ni ses conseils n’ont pu le rencontrer. Ces éléments constituent une violation grave des droits de la défense. Nous exigeons la libération immédiate et sans condition de notre président » , a martelé Mapangou.
Une affaire de 2008 pour 5 millions FCFA


Si l’arrestation a surpris, son motif laisse perplexe. Tout part d’une créance que l’État gabonais n’aurait pas honorée… en 2008, dans le cadre de l’organisation de la Fête des cultures. Derrière la plainte, un certain Baba Ramatou réclame, dix-huit ans plus tard, 5 millions de francs CFA. Une somme qu’il impute personnellement à Bilie-By-Nze, alors que ce dernier agissait, selon ses partisans, dans un cadre institutionnel.
Pour l’EPG, le détournement de procédure est criant : « On réveille une poussière d’affaire pour museler un opposant politique » , souffle un cadre du parti sous couvert d’anonymat.
Blocage judiciaire : la défense se heurte au mur du silence
Les conseils de l’ancien Premier ministre ont tenté, en début de semaine, d’obtenir l’accès à leur client. En vain. Aucune autorisation de communiquer ne leur a été délivrée, et le parquet n’a fourni aucune explication officielle à ce refus. Une situation intenable qu’EPG qualifie d’« isolement total », laissant planer le soupçon d’une détention arbitraire.
Le président absent, la présidence renvoie la balle
Coïncidence ou calcul ? L’affaire Bilie-By-Nze a éclipsé la conférence de presse organisée le même jour par la présidence gabonaise. Au menu officiel : un forum « Intelligence artificielle et stabilité politique » prévu le 3 mai à Libreville. Interrogé sur le sort du détenu, le porte-parole Théophane Nzame Nzé Biyoghe a joué la carte de la séparation des pouvoirs :
« Le sujet particulier d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, ce n’est pas le sujet de la présidence. C’est le sujet de la justice. Le président, garant des institutions, veille à ce que chaque institution jouisse d’un environnement serein » , a-t-il éludé.
Une réponse qui n’a fait qu’alimenter la colère de l’opposition, pour qui l’exécutif est le véritable donneur d’ordre.
État de droit ou raison d’État ?
Le dossier est désormais sur toutes les bouches. Les partisans d’EPG y voient une réédition des méthodes du passé : usage de la justice comme arme d’élimination politique. Les soutiens du pouvoir, eux, rappellent que nul n’est au-dessus des lois, pas même un ancien chef de gouvernement.
Reste une question centrale : en privant un leader politique de tout contact avec ses avocats pendant huit jours, la justice gabonaise franchit-elle une ligne rouge ? Dans une région où les régimes politiques sont souvent sous tension, l’affaire Bilie-By-Nze pourrait devenir un test pour la jeune « refondation » librevilloise.
En attendant, le silence des geôles et la cacophonie des interprétations laissent planer un danger : celui d’une confiance brisée entre les Gabonais et leur État de droit.
Alors que l’opposition promet une mobilisation dans les prochains jours, tous les regards sont désormais tournés vers le parquet. L’autorisation de visite finira-t-elle par être accordée ? Et surtout, le débat sur l’intelligence artificielle pourra-t-il avoir lieu alors que le pays semble soudainement plongé dans une grisaille politique ?



