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Suisse : le parquet genevois enquête sur Sylvia Bongo, ex-première dame du Gabon, pour blanchiment présumé

Une ironie du sort, alors que le Gabon a déjà condamné par contumace Sylvia Bongo à vingt ans de prison pour des faits similaires.

Le feuilleton judiciaire autour de la famille Bongo s’enrichit d’un nouveau chapitre, cette fois sur les rives du Léman. Le ministère public du canton de Genève a confirmé l’ouverture d’une instruction visant Sylvia Bongo, ex-première dame du Gabon, aujourd’hui exilée à Londres. L’information, révélée par la revue en ligne Gotham City spécialisée dans la criminalité économique, n’a été rendue publique que récemment, mais l’enquête est en réalité lancée depuis novembre 2023.

Les soupçons portent sur des transferts en Suisse de plusieurs millions d’euros, présumés provenir de détournements de fonds publics et de faits de corruption durant le mandat de son époux, Ali Bongo, renversé par un coup d’État militaire en août 2023. La procédure genevoise vise à déterminer l’origine licite ou non de ces avoirs, conformément aux standards suisses en matière de lutte contre le blanchiment.

Une coopération helvético-gabonaise en demi-teinte

Saisies officiellement par le parquet suisse, les autorités gabonaises n’ont, à ce jour, pas transmis les éléments sollicités. En revanche, elles ont déposé une plainte à Genève afin de se constituer partie plaignante dans la procédure – une démarche que les avocats de Sylvia Bongo ont contestée, arguant d’une ingérence politique. Mais fin mai, la chambre pénale de recours de Genève a validé le droit du Gabon à être représenté, sans pour autant accélérer l’échange de preuves.

Ce paradoxe n’a pas échappé aux observateurs : Libreville réclame des comptes sur les avoirs suisses de l’ex-première dame, mais ne fournit pas les pièces nécessaires à l’enquête. Quant à la demande d’entraide judiciaire internationale, évoquée il y a un an par le procureur général du Gabon pour obtenir le retour de Sylvia et de son fils Noureddine Bongo, elle reste lettre morte.

Un contexte judiciaire déjà lourd

Pour rappel, Sylvia Bongo a été condamnée à vingt ans de réclusion criminelle par contumace au Gabon pour détournement de biens publics. Elle dénonce pour sa part des conditions de détention et des actes de torture qu’elle aurait subis après la chute de son mari, accusations rejetées par les nouvelles autorités.

L’instruction suisse, elle, avance à son rythme, sans calendrier précis. Elle pourrait toutefois raviver les interrogations de l’opinion publique gabonaise sur la volonté réelle de la justice locale d’examiner dans son intégralité le dossier des avoirs des Bongo – y compris ceux qui, comme par hasard, n’ont pas quitté le pays.

Satire légère : on croirait presque que les autorités de Libreville préfèrent les procédures à distance, où les preuves voyagent moins vite que les soupçons. En Suisse, en revanche, l’argent a une mémoire : il ne parle pas, mais il laisse des traces. Reste à savoir si les deux justices finiront par se rencontrer, ou si cette affaire restera une belle valse helvético-africaine à trois temps – plainte, enquête, et silence.

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