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De Sikasso à Oyem : Ousmane Diallo, officier du Mérite éducatif, célébré par le Gabon et la communauté malienne

Professeur de mathématiques pendant plus de trois décennies au Gabon, Ousmane Diallo a été élevé au grade d’officier de l’ordre du Mérite de l’éducation nationale. Une distinction tardive mais ô combien méritée, que la diaspora malienne a tenu à saluer ce dimanche 29 mars à Libreville, lors d’une cérémonie empreinte d’émotion et de reconnaissance.
C’est une histoire d’exil volontaire, de vocation et de transmission. Arrivé du Mali au Gabon en 1987, Ousmane Diallo n’a cessé, durant trente-deux ans, de semer les graines du savoir dans les salles de classe du Woleu-Ntem et du Moyen-Ogooué. Le 23 mars 2026, cinq ans après avoir pris sa retraite, celui qui fut professeur de mathématiques au lycée d’État Richard Nguema Bekale d’Oyem a vu son parcours exceptionnel magnifié  une seconde fois, par ceux-là mêmes qui ont suivi son parcours et grandi avec ses leçons : ses élèves, ses pairs et la communauté malienne de Libreville.
 
Une médaille « attendue » mais reçue avec ferveur
C’est le 23 mars  dernier, à l’occasion de la journée nationale de l’enseignant, que le gouvernement gabonais a distingué Ousmane Diallo en lui conférant le grade d’officier de l’ordre du Mérite de l’éducation nationale. Une consécration qui, selon ses propres mots, « vaut de l’or ».
 
« Cette médaille, je l’ai un peu attendue. Vous voyez qu’elle m’est décernée cinq ans après la retraite », a-t-il confié avec une émotion visible, lors d’un témoignage diffusé auprès de ses proches. Loin de toute amertume, l’ancien enseignant a tenu à dédier cette reconnaissance à ceux qui ont fait sa carrière :
« Je la dédie à tous mes élèves, qui sont les premiers témoins de cette situation. Ce sont eux qui ont œuvré pour que je puisse avoir ça. Je la dédie aussi à ma  charmante et dynamique épouse, madame Diallo Awa Samanke, toujours présente dans tous mes combats,   mes enfants , naturellement à mon père, à ma mère, et à la communauté malienne. »
 
Une communauté justement réunie ce dimanche 29 mars au quartier La Campagne, à Libreville, pour lui rendre un hommage solennel.
 
Un parcours hors normes, entre mathématiques et informatique
 
Né le 12 octobre 1960 à Sikasso, au Mali, Ousmane Diallo est le fils de Brahima et Aminata Diallo. Après un baccalauréat obtenu en 1979, il intègre l’École normale supérieure de Bamako, d’où il sort en 1983 avec un CAPES en mathématiques. En 1987, alors qu’il s’apprête à rejoindre l’armée malienne après son service militaire, un concours de circonstances change le cours de sa vie.
 
Avec un compatriote, il avait déposé un dossier de recrutement auprès du ministère gabonais de l’Éducation nationale. Le coup de chance devient une évidence : il est accepté et obtient son premier poste au collège d’enseignement normal de Mitzic. S’ensuivront des années au lycée Charles Mefane de Lambaréné, avant une affectation définitive au lycée d’État Richard Nguema Bekale d’Oyem.
 
C’est dans cette ville du nord du Gabon, au cœur de la province du Woleu-Ntem, qu’il terminera sa carrière. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Fidèle à son esprit de dépassement, Diallo opère une reconversion audacieuse. Poussé par l’un de ses anciens élèves, Ovono Essono  Michel — qu’il avait aidé à décrocher une mention « très bien » au baccalauréat —, il se forme à l’Institut Africain d’Informatique (IAI).
 
« Il m’a tendu la perche en obtenant une inscription à l’IAI pour que je devienne informaticien, parce que demain l’informatique va être indispensable pour un professeur de mathématiques », raconte-t-il. Un virage technologique qui fera de lui un enseignant à la pointe, préparant ses élèves aux mutations de leur époque.
 
« Il a formé des générations de cadres gabonais »
 
Aujourd’hui âgé de 66 ans, Ousmane Diallo laisse derrière lui une empreinte profonde. Ministres, journalistes, hauts fonctionnaires ou enseignants : nombreux sont les cadres gabonais qui se réclament de son enseignement rigoureux et bienveillant.
 
Sa retraite, prise en 2021, ne l’a pas éloigné des responsabilités. Impliqué dans la vie locale, il préside le conseil supérieur des affaires islamiques du Gabon pour la province du Woleu-Ntem. Son engagement citoyen et son rôle de médiateur lui valent le respect au-delà des frontières communautaires.
C’est précisément pour saluer cette double carrière — d’éducateur exemplaire et de bâtisseur de ponts entre les communautés — que le Haut Conseil supérieur des Maliens de l’extérieur (HCSE), présidé par Habib Sylla, a organisé la cérémonie d’hommage du 29 mars. À l’initiative de Wali Coulibaly, l’un des sages de la structure, les membres se sont réunis pour célébrer leur pair.
 
Une reconnaissance collective
 
La rencontre, qui s’est achevée autour d’un festin convivial, fut l’occasion pour les Maliens de Libreville d’honorer  l’un des leurs, dont la vie résume une belle page de l’amitié entre le Mali et le Gabon.
 
Dans un message publié sur ses réseaux sociaux, Ousmane Diallo n’a pas manqué d’adresser un remerciement appuyé à l’inspecteur général des services et à la ministre de l’Éducation nationale, par qui cette distinction lui est parvenue. Un geste de gratitude qui en dit long sur l’homme : modeste, mais investi, et profondément attaché à la reconnaissance institutionnelle.
 
« Je suis né au Mali, mais c’est au Gabon que j’ai construit ma vie et que j’ai eu l’honneur de servir », semble brosser son parcours. Ce dimanche 29 mars, à Libreville, la communauté malienne lui a rendu un hommage à la hauteur de ce qu’il a donné : immense et sincère.

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