
Ceux qui l’ avaient enterré politiquement depuis cinq ans peuvent défaire leur deuil. Tel un vieux banquier sorti de l’ombre, Eugène Mba a repris ce jeudi 23 avril 2026 le fauteuil de maire de Libreville — un siège qu’on disait maudit, brûlant, ou les deux. Réunis en session municipale, les sages du conseil ont offert une unanimité aussi rare qu’un orage en saison sèche. Coup de tonnerre ou souffle d’apaisement ? À l’Hôtel de Ville, on interroge encore les murs.
Mais ne croyez pas à un coup de dés. Derrière ce retour, il y a une main, une seule : celle de Brice Clotaire Oligui Nguema, président-fondateur de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB). Selon une indiscrétion de couloir à peine déguisée en confidence, l’homme aurait convoqué les 103 conseillers municipaux de son parti quelques heures avant le vote. En salon, café serré et consensus musclé, il a soufflé le nom d’Eugène Mba. Résultat : fin du suspense, début d’une ère. Ou d’une récidive, selon le point de vue.
Du rififi au ralliement : comment un budget recalé a changé de destin

Il faut dire que les murs de la mairie tremblaient dernièrement sur leur base. Le désormais ex-maire, Pierre Matthieu Obame Etoughe, naviguait à vue dans une tempête de défiance. Son budget primitif ? Rejeté en grande pompe par une majorité de conseillers, comme on refuse un plat trop salé. Ajoutez à cela des révélations accablantes sur sa gouvernance — le genre de petits secrets que les murs finissent par crachoter. Dans ce bain d’amertume, la médiation d’Oligui Nguema a eu le goût d’une bouée.
Pour seconder le revenant dans cette nouvelle traversée, on lui a collé une équipe aux noms chantants : Jean Jacques Kanguet (1er adjoint), Juste Roméo Mouyopa (2e), Issa Malam Salatou (3e), Natacha Mengue Mbengue (4e), et Thierry Akendengue Kolo (5e). Une brochette à la fois hétéroclite et savamment dosée.
Le banquier qui venait du froid bancaire


Fiche technique : Eugène Mba, l’homme aux calculettes. Diplômé de l’École des attachés de direction de Paris, il a passé le clair de sa vie professionnelle à faire claquer des liasses dans les couloirs de la BIPO-BIPG puis de l’Union gabonaise de banque (UGB), où il a sous-directé jusqu’en 2012. Profil : rigueur, sourcils froncés, amour des comptes bien rangés. Libreville espère qu’il appliquera à la ville la même asepsie financière qu’à un bilan trimestriel.
En politique, il n’est pas né de la dernière pluie. Adoubé par le Parti démocratique gabonais (PDG) dès 1984, il grimpe au conseil national en 2003, puis gère le 2ème arrondissement de Libreville entre 2008 et 2013. Un notable, quoi. Mais un notable au destin cabossé.
L’histoire d’un fauteuil qui ne voulait pas de lui… ou presque

Le 29 décembre 2020, il décroche la mairie de Libreville avec un score hallucinant : 98,73 %. Une déferlante. Cinq mois plus tard, en juin 2021, il jette l’éponge. Motif officiel : « préserver la sérénité » et « la cohésion ». Motif officieux : les dents longues des uns, les couteaux dans le dos des autres, et cette impression que la mairie était un nid de guêpes déguisé en palace républicain.
Aujourd’hui, le voilà de retour. Cinq ans après une sortie en claquettes, il rentre en bottes de combat. Mais gare : les Librevillois ne rêvent pas de poésie fiscale ni de comédie administrative. Ils veulent des trottoirs réparés, des poubelles vidées, un semblant d’ordre dans ce joyeux chaos urbain. Le banquier est de retour aux affaires. Reste à savoir si son cœur ne s’est pas trop habitué au silence feutré des agences bancaires pour supporter à nouveau le tintamarre des mairies.
Une chose est sûre : à Libreville, on adore les seconds actes. Encore faut-il que celui-ci ne tourne pas au vaudeville.



