
L’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB) a lancé le 9 mai, dans le 4e arrondissement de Libreville, une vaste tournée d’implantation de ses structures de base. Objectif : ancrer le parti dans les quartiers, soit plusieurs mois après ses succès électoraux; présidentielle et législatives entre autres. Au milieu des discours sur la « reconstruction », une question revient sans cesse, celle du quotidien des militants.
C’était un samedi pas tout à fait comme les autres dans le 4e arrondissement de Libreville. L’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB) y a donné, le 9 mai, le premier coup d’envoi de sa campagne d’implantation locale dans l’Estuaire. En costume de général en campagne, le secrétaire général Mays Mouissi a fixé le cap : mailler chaque quartier, installer des délégations, et surtout, faire remonter la parole des habitants jusqu’aux sphères du pouvoir. Une noble ambition, saluée par une assistance nombreuse – mais surtout jeune, très jeune, et visiblement avide de perspectives.
Un parti à la conquête du bitume
« Dans les trente prochains jours, chaque quartier du 4e arrondissement doit avoir au moins une délégation de quartier », a martelé M. Mouissi. Traduction : l’UDB veut transformer ses relais de terrain en courroies de transmission – ou, selon le point de vue, en oreilles et en bouches supplémentaires de l’appareil politique.
Car il ne s’agit pas seulement de remplir des salles. Le secrétaire général a insisté : ce sont les militants qui doivent faire remonter les difficultés des compatriotes. Il a cité, pêle-mêle, « le chômage, la précarité, l’oisiveté, les établissements qui nécessitent d’être modernisés ou les routes défoncées ». Autant de maux que le parti, fondé par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, promet de prendre à bras-le-corps – une fois l’organisation bien en place, évidemment.
Relève générationnelle et foi en la patience
Autre temps fort de la cérémonie : le départ du délégué sortant, Issa Malam Salatou, qui cède la place à une « nouvelle génération ». Un retrait justifié par les « instructions sur le rajeunissement des équipes ». Son successeur, Brice Saba Saba, a promis loyauté, humilité et détermination, tout en appelant à éviter « les divisions et les querelles inutiles ». Un petit mot sur la réconciliation interne, presque rituel, mais jamais inutile.
C’est toutefois le discours du commissaire politique de l’UDB, Sévérin Pierre Ndong Ekomie, qui a capté l’attention. Sans fard, il a décrit la réalité de nombreux militants : « Plusieurs sont diplômés, plusieurs sont au chômage. » Il a même égratigné au passage un vieux refrain local – « on nous a fait croire qu’il fallait être l’enfant de quelqu’un pour avoir une fonction au Gabon » – avant de saluer l’ascension de responsables issus de milieux modestes. Une manière habile de rappeler que l’UDB se veut aussi une machine à réparer les injustices sociales.
Jeunesse connectée et Constitution nouvelle
Le conseiller stratégique Séraphin Moundounga, lui, a joué la carte de l’endurance : « La politique n’est pas une course de vitesse, c’est une course d’endurance. » Une formule qui, sous une apparente sagesse, pourrait aussi passer pour un discret appel à ne pas s’impatienter – alors que le chômage frappe « les jeunes et les femmes dans tout le pays ».
Sur le fond, l’UDB a réaffirmé son attachement aux grandes réformes de la Transition : nouvelle Constitution, code de la nationalité, protection des « fonctions stratégiques » de l’État. « Il faut relayer cela sur le terrain et dans les réseaux sociaux », a ordonné M. Moundounga aux jeunes militants, visiblement promus au rang d’influenceurs en herbe.
Conclusion – entre bitume et nuages
Reste à savoir si cette « armée politique » déployée dans l’Estuaire parviendra à transformer l’essai. Les intentions de proximité sont louables. Mais dans les quartiers populaires où la pression est, selon les propres mots d’un responsable, « insupportable », les mots doux et les délégations de quartier ne remplaceront jamais un emploi ou une route bitumée. L’UDB semble en avoir conscience. Reste à voir si la course d’endurance promet aussi quelques sprints concrets. Les prochains jours diront si le 4e arrondissement devient vraiment « une terre de l’UDB »… ou simplement une terre d’attente.



