Sahel-Russie : deuxième round à Niamey, entre pragmatisme militaire et géopolitique du tapis rouge

Ce mardi , Niamey accueille une véritable répétition générale de la nouvelle grammaire des alliances sahéliennes. Les ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel (AES) – Mali, Burkina Faso, Niger – retrouvent leur homologue russe, Sergueï Lavrov, pour une deuxième session de consultations, dans le décor flambant neuf du Centre international de conférences Mahatma Gandhi. Un nom qui, lui, ne doit rien à la géopolitique du moment.
Du volontarisme russe aux réalités du terrain

Cette rencontre fait suite à celle de Moscou en avril 2025, où M. Lavrov avait salué « la régularité des échanges » avec les nouvelles autorités sahéliennes. Une formule qui, en langage diplomatique, signifie souvent : « Nous sommes ravis de trouver des interlocuteurs qui nous écoutent sans poser trop de questions sur nos propres conflits internes. » Le chef de la diplomatie russe avait alors promis un accompagnement technique et logistique pour la future force militaire conjointe de l’AES – des équipements, des formations, un appui « technique ». Une offre généreuse, pour peu qu’on omette de s’interroger sur les délais de livraison ou la compatibilité des matériels avec la chaleur sahélienne.
Depuis, les échanges militaires se sont intensifiés, surtout avec Bamako, où l’on voit régulièrement des instructeurs en treillis arborant des accents slaves. Les trois capitales multiplient les appels à Moscou sur les questions de défense, comme on compose un numéro de service après-vente – mais sans le SAV, car ici, c’est l’urgence sécuritaire qui dicte le rythme.
L’ombre portée de Paris et le grand retournement
Ce rapprochement spectaculaire n’est évidemment pas un coup de foudre. Il est né d’un divorce consommé avec l’ancien partenaire français, dont les troupes se sont retirées du Mali, du Burkina et du Niger après des années de tension et de malentendus. Depuis l’arrivée des militaires au pouvoir – août 2020 à Bamako, septembre 2022 à Ouagadougou, juillet 2023 à Niamey –, la rhétorique de la souveraineté est devenue le nouveau mot d’ordre, et la Russie, l’exutoire idéal. Un peu comme si, après avoir claqué la porte d’un restaurant réputé, on se précipitait chez le traiteur concurrent en vantant sa cuisine, sans trop vérifier la carte.
Moscou, de son côté, s’est invité à ce banquet diplomatique avec une discrétion toute relative. Il ne s’agit pas d’une colonisation nouvelle, mais d’une prise de participation symbolique dans le capital de la légitimité sahélienne. Les responsables de l’AES insistent sur la diversification de leurs alliances ; la Russie, sur son rôle de contrepoids. Les deux y trouvent leur compte : les uns affichent leur indépendance retrouvée, les autres leur influence retrouvée sur un continent où l’Occident vacille.
Une force commune, des lendemains incertains
Lors des consultations d’avril, les ministres sahéliens avaient évoqué la création d’une force armée conjointe – projet ambitieux, mais qui suppose de coordonner des armées aux cultures, aux équipements et aux finances très disparates. À Niamey, on évaluera les progrès, mais on évitera probablement de demander à M. Lavrov combien de temps il faudra pour transformer les déclarations d’intention en bataillons opérationnels, ni quel sera le prix de l’essence pour les hélicoptères russes – car la géopolitique, comme le carburant, a ses variations saisonnières.
Les trois pays sahéliens cherchent aussi à consolider leur place dans les instances internationales, avec l’appui russe à l’ONU. Une aide précieuse, qui a le mérite de ne pas exiger de réformes démocratiques immédiates – ce qui, soit dit en passant, simplifie considérablement les agendas.
Conclusion en forme de point d’interrogation
Cette deuxième session de consultations est donc une étape logique dans une relation qui se veut pragmatique. Elle confirme que l’AES a tourné la page occidentale, et que la Russie, elle, a ouvert un nouveau chapitre dans son carnet d’adresses africain. Reste à savoir si ce partenariat, fondé sur des besoins sécuritaires urgents et des convergences de circonstance, résistera aux premiers accrocs – car en diplomatie, comme au Sahel, le sable finit toujours par recouvrir les pistes tracées à la hâte.
Sur le papier, l’alliance est séduisante. Sur le terrain, elle devra faire ses preuves, sans filet de protection occidentale, mais avec, pour l’heure, le sourire des photographes officiels et le bruit feutré des interprètes traduisant la même volonté : celle de ne pas être déçus, trop vite.



