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Au bord du Komo, le Gabon joue sa crédibilité : institutions refondées, portes ouvertes aux investisseurs

Ils étaient venus parler intelligence artificielle et paix des urnes. Mais le 3 mai 2026, à Libreville, les 1 000 participants du premier Salon international pour l’innovation ont assisté à une prise de risque assumée : celle d’un pays qui mise sur la transparence de ses institutions pour attirer les capitaux étrangers. Récit d’une métamorphose africaine.
8 heures, avenue de la Cité de la Démocratie. Un quartier sorti de terre en deux ans. Ce dimanche 3 mai 2026, le général Brice Clotaire Oligui Nguema marque son premier anniversaire de pouvoir non pas par un défilé militaire, mais par un pari économique : réunir chefs d’État, patrons de la tech et responsables de la BEAC sous les voiles de verne d’un palais des congrès flambant neuf. Le message est clair : la transition est close. Place à une « souveraineté réelle », fondée sur des institutions robustes et une attractivité sans complexe.

Trois cents entreprises, trente-cinq pays, une nuée de ministres ouest-africains et centraux, une délégation marocaine de poids. Tous viennent ausculter le thème de l’année : « Stabilité politique, climat des affaires et intelligence artificielle ». Dans les allées, une phrase circule, obsédante : « Et si le Gabon devenait le laboratoire d’une gouvernance africaine digne des investisseurs internationaux ? »

La diaspora et le droit privé : le duo qui rassure

Ingrid St Denis, militante venue de France, ne cache pas son émotion. Douze mois après l’investiture, elle revient avec la diaspora. « C’est un appel à l’inclusion pour apporter nos idées », lance-t-elle. À ses côtés, Simerlin Ebozo’o Assoumou, docteur en droit privé, joue le rôle du franc-tireur qui désamorce les craintes des bailleurs de fonds : « Le Gabon est l’un des pays les plus calmes de la sous-région sur le plan sécuritaire. Il n’enregistre pas de troubles. Bien sûr, il y a des grognes sociales. Mais pour un investisseur, c’est un gage. » Ici, on ne cache pas les fragilités. On les expose pour mieux les transformer en argument.

 

La BEAC bouscule ses propres murs pour ouvrir la voie

Devant la presse , Yvon Sana Bangui, gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale, frappe fort. « Nous ne devons pas vivre en marge du monde, dit-il. Il faut lever tous les freins à l’intégration sous‑régionale. » Dans la salle, les responsables du FMI et de la Banque africaine de développement griffonnent. Un haut fonctionnaire ouest-africain souffle à son voisin : « Quand la BEAC elle-même appelle à tordre le cou aux rigidités, le vent a vraiment tourné. »

Au Gabon, la stabilité politique ne se gagnera pas par les blindés. Elle se construira vraisemblablement  avec une administration transparente dopée à l’IA,  des visas dématérialisés, des registres fonciers infalsifiables. « Pas de croissance durable sans maîtrise technologique. » . Deux cents intervenants de haut niveau ont répondu présent. Le Maroc, la CEDEAO, la CEEAC ont forcé la porte. Alors pourquoi pas une IA « made in Gabon » ?

 

Un salon annuel pour ne pas retomber

 

À la sortie, sous 32°C, les participants repartent avec une certitude : le salon sera reconduit chaque année en mai. Comme le confie un investisseur français sous couvert d’anonymat : « Transformer l’essai est plus dur que créer l’événement. Mais ils ont arrêté de se demander s’ils étaient capables. Ils l’ont fait. » Libreville ne veut plus être une capitale parmi d’autres. Elle veut devenir le carrefour où la réhabilitation des institutions attire les capitaux. Reste à savoir si les frustrations sociales ne viendront pas griffer le tableau. Mais pour une journée de mai, à travers le Gabon,  l’Afrique centrale s’est autorisée à rêver d’une autre histoire.

 

1000 participants, 300 entreprises, 35 pays. La première édition a tenu ses promesses en nombre. Les pessimistes se demandent néanmoins si l’alchimie entre IA, investisseurs et « stabilité selon Oligui » produira autre chose que des déclarations. La réponse se jouera à Libreville, dans les douze prochains mois. Mais le signal est lancé : le Gabon veut sortir  du chaos mondial. Et il a compris que, pour l’obtenir, il doit d’abord offrir des institutions réhabilitées, dignes de confiance.

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