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Crise au Gabon : Le FMI comme seul horizon après des années d’errance politique et financière

Après une série de chocs politiques et une instabilité ministérielle chronique, le Gabon n’a plus le choix. Contraint par l’asphyxie financière et la défiance des marchés, le régime d’Oligui Nguema tend la main au Fonds monétaire international (FMI). Une visite cruciale du Fonds s’est achevée vendredi, mais la conclusion d’un accord est loin d’être acquise, plombée par un déficit abyssal et un manque criant de transparence.
 
Libreville – C’est un retour contraint et forcé vers la tutelle de Bretton Woods. Après un coup d’État, une élection présidentielle à la légitimité fragile et un turnover inédit au ministère des Finances (quatre titulaires en trois ans), le Gabon sollicite à nouveau l’aide du FMI. Objectif officiel : « renforcer la transparence et la rigueur budgétaire ». Objectif réel : débloquer les financements internationaux et rassurer des investisseurs qui fuient une signature désormais jugée risquée.
 
Une mission du FMI a bouclé, vendredi, une visite de dix jours à Libreville, la première depuis l’annonce des intentions gabonaises. Dans son communiqué de fin de mission, l’institution a posé ses conditions, insistant sur la nécessité de  « politiques prudentes »  pour préserver la stabilité du pays, mais aussi d’une région tout entière en proie à une sévère crise de liquidités. Car le sort du Gabon, deuxième économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), est scruté par des voisins aux abois, comme le Cameroun ou la République du Congo, eux aussi en quête d’un appui du Fonds.
 
Un passif trop lourd pour convaincre Washington ?
 
Mais le chemin de Libreville vers un accord avec le FMI s’apparente à un parcours du combattant. L’héritage est toxique. Le précédent programme triennal, signé en 2021, avait déraillé en l’espace d’un an, un échec que le FMI n’oublie pas. Surtout, la question de la fiabilité des données gabonaises reste un obstacle majeur.
 
L’organisation Open Data Inventory classe le pays au 171e rang mondial sur 198 en matière d’ouverture des statistiques officielles. Un trou noir informationnel qui rend tout diagnostic et toute prescription impossibles.
 
« Le défi au Gabon est le manque de données », tranche Carmen Altenkirch, analyste chez Aviva Investors. Cette opacité empêche d’évaluer l’ampleur du redressement nécessaire : à quelle hauteur faut-il couper dans les dépenses ? Où et comment augmenter les recettes ?
« Nous avons encore des inquiétudes quant à l’ampleur des dépenses publiques en 2025 et au niveau de la dette », renchérit Yvette Babb, gérante chez William Blair.
 
Cette absence de visibilité repousse d’autant la signature d’un accord, que les experts ne voient pas aboutir avant la fin de l’année. Pire, les rares chiffres disponibles sont alarmants. Fin 2024, l’agence Fitch Ratings prévenait déjà que l’important déficit budgétaire projeté pour 2026 rendrait toute négociation avec le FMI particulièrement ardue.
 
L’étau régional se resserre
 
L’enjeu dépasse les frontières gabonaises. La région CEMAC est à la peine. Secouée par des troubles civils au Cameroun et des problèmes sécuritaires chroniques, elle fait face à une asphyxie du marché financier régional, pourtant le dernier recours des États.
 
« Le marché régional est extrêmement tendu, avec une capacité limitée à émettre des obligations à long terme », explique Daniel Lebedkin, de Citi.
 
Parallèlement, les marchés internationaux sont inaccessibles. Les taux exigés sont prohibitifs, comme l’a montré la récente levée de fonds de la République du Congo en novembre : 670 millions de dollars arrachés au prix d’un rendement de 13,7 %, un niveau jugé insoutenable par la plupart des analystes.
 
Pour Thys Louw, de Ninety One, l’équation est simple : « La seule issue pour la région est que tous ses membres soient sous programme du FMI. »
 
Un « tournant » sous pression
 
Si la récente flambée des prix du pétrole, due aux tensions au Moyen-Orient, offre un répit temporaire aux producteurs comme le Gabon, elle ne résout rien sur le fond. Les échéances de la dette approchent et les options de financement se sont évaporées.
 
Le nouveau pouvoir, dirigé par le général Brice Oligui Nguema, est donc acculé. L’échec des négociations n’est pas une option. La pression est maximale.
 
« C’est un tournant », conclut Yvette Babb. « Il existe désormais une pression régionale sur le gouvernement pour qu’il rentre dans le rang et concrétise ses engagements, quitte à mener des réformes drastiques et impopulaires. »
 
Le FMI, prudent, s’est contenté d’annoncer la poursuite des discussions. Mais l’étau se resserre sur Libreville, sommé de prouver sa bonne foi par des actes, et non plus par des promesses.

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