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FEMUA 18 : Kôba Building, l’invité fantôme de la délégation gabonaise
Tandis que le Gabon brille en tant que pays invité d’honneur du FEMUA à Abidjan, l’absence du rappeur culte Kôba Building interroge. Retour triomphal en 2025, Kora Award 2005, titres mythiques… Mais apparemment, tout cela ne suffit pas à décrocher un billet pour Anoumabo.

À l’heure où la 18ᵉ édition du Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo (FEMUA) met le Gabon à l’honneur, une ombre plane sur la délégation officielle : celle de Kôba Building, grand absent d’une sélection qui fait grincer des dents sur les réseaux sociaux. Entre incompréhension légitime et satire involontaire d’une certaine « objectivité culturelle », retour sur un camouflet qui en dit long.

« Qui a fait la liste ? » : le retour triomphal, puis l’effacement


Difficile de parler de musique urbaine gabonaise sans évoquer Kôba Building. Figure majeure du hip-hop africain des années 2000, l’artiste a marqué des générations entières avec des titres devenus cultes — Tu n’as rien compris, Qui veut — et un Kora Award décroché en 2005. Son exile volontaire puis son retour spectaculaire à Libreville en octobre 2025, après dix ans d’absence, avait pourtant réuni anciens et nouvelles générations autour de trois concerts triomphaux. Un come-back en forme de consécration populaire.

Mais voilà : pour le FEMUA 18, c’est le silence. Dans la délégation gabonaise, pas de Kôba Building. Pas de « Blacko ». Juste un vide là où beaucoup espéraient voir celui qui, pourtant, « avait tout pour y figurer ».
Une sélection de qualité… mais un goût d’inachevé
Que l’on ne s’y trompe pas : la liste des artistes retenus n’est pas dénuée de talent. On y croise notamment Pierre Claver Akendengue, Shan’L, L’amalgame, L’oiseau Rare, Franck Baponga, Lord Ekomy Ndong, Big Row, Rodzeng, Créol, Nz Benks ou Amenem. Un plateau respectable, voire prestigieux, si l’on excepte une absence qui interroge : celle du groupe Afrikan Legend, porteur de la célèbre Ikoku vibes.
Mais c’est bien l’éviction de Kôba Building qui cristallise les critiques. « La liste est assez bien, mais on veut faire les bonnes choses : faites-les bien jusqu’à la fin », écrit un internaute. « La vérité n’a pas de camps », ajoute-t-il, résumant un malaise que les professionnels du secteur peinent à dissiper.
« Le problème, ce ne sont pas les institutions, mais les hommes »
Sur Meta (ex-Facebook, ton univers impitoyable désormais), les commentaires s’enchaînent. C’est Slam Master No, figure locale, qui assène avec un calme apparent : « Je comprends que le problème n’a jamais été les institutions mais les hommes. » Un message de soutien au rappeur, mais aussi une pique à peine voilée contre les critères supposément « objectifs » de la sélection.
Satire involontaire d’un système où l’on expose le Gabon comme invité d’honneur, tout en oubliant celui qui, médiatiquement et artistiquement, incarne une partie de son histoire urbaine.
FEMUA 18 : sous le signe de l’intelligence artificielle, mais pas de l’indulgence
Organisé par Magic System via Gaou Productions, le FEMUA est devenu le plus grand festival d’Afrique francophone, mêlant concerts, éducation et débats de société. Cette année, thème ambitieux : intelligence artificielle et jeunesse. On ne saura pas si un algorithme a participé à la sélection des artistes invités. Mais si c’était le cas, il aurait sans doute signalé une anomalie statistique : comment justifier l’absence d’un artiste majeur, récemment réconcilié avec son public, auréolé d’un prix continental, et dont le nom fait consensus ?



