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« Je porterai la voix de 23 nations » : Louise Mvono, l’experte gabonaise prend les rênes du Groupe Afrique II à la Banque mondiale

De Libreville à Washington, un levier stratégique pour le continent — La ministre gabonaise de la Planification, Louise Pierrette Mvono, succède à Djibouti à la tête du Groupe Afrique II de la Banque mondiale. En jeu : la défense des économies africaines face à un contexte mondial sous tension, et un programme d’action centré sur l’emploi, le climat et une meilleure coordination FMI-Banque mondiale.
Washington. Dans le silence feutré des couloirs du siège de la Banque mondiale, une voix gabonaise s’apprête à porter bien plus haut qu’un simple discours. Depuis le 16 avril 2026, Louise Pierrette Mvono, ministre de la Planification et de la Prospective, préside le Groupe Afrique II. Elle devient ainsi la représentante officielle de 23 pays africains au sein de l’une des plus puissantes institutions financières de la planète.


« Je porte désormais la responsabilité de représenter et de défendre les priorités de 23 pays membres. »
La déclaration, sobre et ferme, résume l’ampleur de la mission. Mvono succède à Ilyas Moussa Dawaleh, le ministre djiboutien de l’Économie et des Finances. La passation s’est déroulée en présence de l’administrateur Harold Tavares et de plusieurs gouverneurs. Un passage de témoin que la nouvelle présidente qualifie de « moment de continuité, de confiance et d’ambition partagée ».
Un groupe stratégique à 23, entre CEMAC et CEDEAO
Mais qu’est-ce que le Groupe Afrique II ? Il s’agit de l’un des 25 constituencies (circonscriptions) du conseil d’administration de la Banque mondiale. À l’image d’un mini-parlement financier, chaque constituency regroupe plusieurs pays qui mettent en commun leur pouvoir de vote et leurs intérêts pour siéger au conseil.
Le Groupe Afrique II, également désigné par le code EDS13, fédère 23 pays africains : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Cap-Vert, Centrafrique, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Djibouti, Gabon, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Madagascar, Mali, Mauritanie, Maurice, Niger, RDC, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Tchad et Togo.
Le rôle de ce groupe est capital. Il sert d’interface entre les gouvernements africains et les experts internationaux pour négocier des financements, participer à l’élaboration des stratégies de la Banque, approuver les budgets annuels, et voter les prêts, dons et garanties alloués aux États membres.
En clair, sans cette coordination, la voix du continent risquerait d’être diluée face aux grandes puissances économiques.
Contexte sous tension : dette, crise et coût élevé des financements
L’accession du Gabon à ce poste n’a rien d’une simple formalité protocolaire. Le mandat s’ouvre dans un environnement international difficile : taux d’intérêt élevés, ralentissement de l’aide publique au développement, et séquelles persistantes des crises sanitaires et géopolitiques.
Le président sortant l’a martelé lors de la cérémonie : il faudra « défendre les intérêts de nos pays face à un contexte international difficile, marqué par le coût élevé des financements et les effets persistants des crises globales sur nos économies ».
Pour la nouvelle présidente, l’enjeu est clair : transformer la présidence en « véritable levier d’action et de résultats concrets ».
Cinq priorités pour une feuille de route gabonaise
Accompagnée du vice-gouverneur Thierry Minko, Louise Mvono a dévoilé cinq axes qui guideront son action :
1. Emploi des jeunes – une urgence absolue dans un continent où 70 % de la population a moins de 30 ans.
2. Soutien renforcé aux petits États – souvent fragiles et sous-dotés face aux chocs extérieurs.
3. Action climatique – pour accélérer les financements verts et l’adaptation.
4. Renforcement du multilatéralisme – face à la tentation du repli national.
5. Meilleure coordination FMI – Banque mondiale – afin d’éviter les doublons et de maximiser l’impact des programmes.
« Le Gabon s’engage à faire entendre une voix collective plus forte, plus audible, et résolument tournée vers des solutions durables pour le développement. »
Un pari diplomatique et technocratique pour Libreville
Cette présidence constitue une consécration pour la diplomatie économique gabonaise. En s’imposant à la tête d’un groupe aussi influent, Libreville renforce sa visibilité et son poids dans les négociations sur la dette, l’accès aux financements concessionnels, et la gestion des crises.
Mais c’est aussi le choix assumé d’un profil technocratique. Louise Mvono, ministre de la Planification, est attendue sur sa capacité à articuler des réponses concrètes aux défis structurels des 23 pays membres.
Au-delà de la symbolique, c’est tout le mécanisme de rotation annuelle entre États membres qui est salué : après la Côte d’Ivoire (2024), Djibouti (2025), c’est désormais au Gabon (2026) de mener la barque.
Un test grandeur nature pour le leadership africain
Les prochains mois diront si cette prise de fonction se traduira par des avancées tangibles. Les défis ne manquent pas : finalisation des ressources de l’Association internationale de développement (IDA), accélération de l’initiative « Mission 300 » pour l’accès à l’électricité, et achèvement des souscriptions à l’augmentation de capital de la BIRD pour préserver le poids électoral du groupe.
Mais une chose est sûre : avec Louise Pierrette Mvono aux commandes, la voix du Groupe Afrique II ne passera plus inaperçue. Elle s’engage à faire de cette tribune un modèle de résultats pour les 23.



