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Gouvernance en Afrique centrale : Libreville pose la première pierre d’un rapport choc pour sortir du « paradoxe » régional

Et si la gouvernance devenait enfin le moteur de la transformation durable de l’Afrique centrale ? C’est l’ambition stratégique portée par l’atelier d’experts qui s’est ouvert ce lundi dans la capitale gabonaise. Objectif : co-construire le premier Rapport sur l’état de la gouvernance en Afrique centrale, un outil d’aide à la décision qui entend dépasser le constat d’échec pour identifier des leviers concrets de progrès.

« Ce rapport constitue une opportunité stratégique majeure : celle de repenser et de réimaginer la gouvernance en Afrique centrale» a souligné , Fatou Aminata LO, Coordonnatrice résidente du Système des Nations Unies au Gabon
Pendant deux jours, experts, décideurs publics et partenaires techniques vont méthodiquement définir le cadrage de ce futur document. Un exercice inédit, à un « moment charnière » pour une sous-région riche mais paradoxalement sous-exploitée.
Un paradoxe central à résoudre
Forêts luxuriantes, ressources naturelles abondantes, capital humain dynamique… L’Afrique centrale possède tous les atouts. Pourtant, son potentiel reste largement en jachère. Pourquoi ce décalage ? La réponse, selon les Nations unies, tient en un mot : gouvernance.
« Sans institutions fortes, efficaces, inclusives et redevables, les objectifs de développement durable (Agenda 2030) et de l’Union africaine (Agenda 2063) risquent de ne pas produire pleinement leurs effets. »
Consolider la confiance État-citoyens, équilibrer centralisation et décentralisation, renforcer l’état de droit, lutter contre les pratiques illicites… Autant de défis persistants que ce rapport ne se contentera pas de lister. « Son ambition est autrement plus stratégique », insiste Fatou Aminata LO dans un extrait marquant de son discours. « Le rapport objet de ces assises n’a pas vocation à dresser un diagnostic supplémentaire sur les maux que nous ne connaissons que trop bien. Son ambition est autrement plus stratégique : comprendre les dynamiques profondes de la gouvernance, identifier les verrous structurels, mais surtout mettre en lumière des leviers crédibles de transformation, adaptés aux contextes nationaux et régionaux. »
Le Gabon, laboratoire d’une gouvernance en chantier

L’hôte gabonais n’a pas été choisi au hasard. Engagé dans une profonde refonte institutionnelle depuis l’adoption par référendum de sa nouvelle Constitution (91,64 % « oui » le 16 novembre 2024), le pays se veut un cas d’école. Le ministre de la Réforme et des Relations avec les institutions, François Ndong Obiang, a rappelé que l’article 40 de cette Loi fondamentale érige désormais la « bonne gouvernance » en « impératif sacré » de l’État.
Sans complaisance, il a dressé le bilan des avancées récentes : élections apaisées, progression dans le classement de Reporters sans frontières, procès historique d’anciens dirigeants pour corruption. Mais aussi des mesures controversées, comme la suspension provisoire de réseaux sociaux, assumée comme un « mécanisme de régulation » face à la désinformation.
Deux annonces concrètes ont émaillé son discours :
L’activation prochaine de la Cour des Comptes pour la transparence financière.
La création d’une Direction générale de la promotion de la bonne gouvernance au sein de son ministère.
« La perfection n’est jamais une destination, mais un chemin continu. »
Un outil pour agir, pas pour juger


Loin d’un énième rapport académique, le document final se veut pragmatique. Il s’adressera aussi bien aux gouvernements qu’aux institutions régionales, aux partenaires financiers, au secteur privé, à la société civile… et aux citoyens eux-mêmes. L’idée : fournir une boussole commune dans un contexte géopolitique mondial marqué par « l’incertitude, l’ambiguïté et la confusion croissante
« Nous attendons de cette rencontre qu’elle pose les jalons d’un cadre méthodologique rigoureux, d’un consensus partagé sur les enjeux prioritaires, et d’un calendrier crédible pour l’élaboration d’un rapport efficient. Ce document, fruit d’un travail collectif, doit devenir une référence objective, crédible et intégrée, capable d’éclairer nos choix politiques, d’orienter nos réformes et de renforcer la confiance des populations dans leurs institutions. » a déclaré à l’ouverture des travaux, François Ndong Obiang, Ministre gabonais de la Réforme et des Relations avec les institutions.

Pari tenu pour les prochains mois
Les travaux de cet atelier de cadrage, ouverts officiellement par le ministre, doivent déboucher sur une feuille de route précise. Prochaine étape : la rédaction proprement dite du rapport, dont la publication est attendue comme un test décisif. Pour Fatou Aminata LO, l’enjeu dépasse la simple expertise : « Investir dans la gouvernance, c’est investir dans la paix et la cohésion sociale, c’est agir en amont des crises. »


Rendez-vous est pris. L’Afrique centrale, si souvent décrite par ses fragilités, tentera bientôt de prouver qu’elle peut aussi écrire sa propre feuille de route vers une prospérité partagée. Le chantier est ouvert.



