
Dans une lettre qui a mystérieusement trouvé son chemin hors des circuits officiels (comme par hasard, un peu avant la mi-mars 2026), l’Association internationale du transport aérien (IATA) a décidé de jouer les pères fouettards avec le Directeur général de l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC). Motif de cette colère épistolaire ? La fameuse redevance aéroportuaire R4, qui a débarqué sans crier gare le 26 février 2026. L’IATA, dans un langage très diplomatique mais qui sent le roussi, exige transparence, consultation et, surtout, la suspension immédiate de cette taxe-surprise.
On peut le dire : rarement une institution internationale n’avait pris un ton aussi sec avec les autorités gabonaises. La lettre, signée par Kamil Al Awadi, le monsieur Afrique-Moyen-Orient de l’IATA, est un véritable cours de droit aérien appliqué façon « tu ne l’as pas volé ». Le réquisitoire est implacable, méthodique, et il n’épargne personne.
« Hola, j’suis l’OACI, vous connaissez ? » ou l’art de la consultation fantôme
Premier reproche, et pas des moindres : la procédure. L’IATA rappelle gentiment que l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) – vous savez, l’instance qui fait un peu office de code de la route pour avions – impose une consultation des compagnies et un préavis de quatre mois avant de toucher aux tarifs. Au Gabon, on a dû prendre ça pour une suggestion. Non seulement personne n’a été consulté, mais en plus, on n’a même pas pris la peine d’expliquer pourquoi il fallait augmenter la note. « Parce que c’est notre projet » semble avoir été l’unique argument.
Mais le détail qui fâche, c’est l’application de la taxe. Accrochez-vous : elle s’applique à la date du voyage, et non à l’achat du billet. Résultat ? Des passagers qui ont acheté leur billet en janvier se retrouvent à payer une taxe en mars qu’ils n’avaient pas vue venir. C’est un peu comme si le restaurant vous facturait le menu au prix du jour, même si vous aviez réservé et commandé la veille. L’IATA, un brin ironique, trouve la pratique « irréaliste » et refuse gentiment que les compagnies jouent les agents de recouvrement pour des montants qu’elles n’ont pas pu percevoir.
« Et pendant ce temps, le PIB fait de la musculation… » ou la comédie des conséquences économiques
Sur le fond, l’IATA joue les Cassandre : quand on augmente les taxes, les billets deviennent plus chers. Et quand les billets sont plus chers, les voyageurs se font plus rares. Et quand les voyageurs se font rares, le tourisme fait grise mine, et le PIB national n’est pas content. C’est la théorie des dominos version aviation, expliquée avec la clarté de celui qui n’a pas envie de passer pour le méchant de l’histoire.
Pour finir en beauté, l’IATA sort une checklist en cinq points, digne d’un audit de qualité :
Consultez-nous, bordel ! (Mais dans les règles de l’art, hein.)
Justifiez-vous ! (On veut savoir où est passé l’argent de la taxe depuis 2021.)
Soyez clairs ! (Est-ce que cette taxe s’applique dans tout le pays ou seulement dans l’aéroport principal ?)
Donnez-nous du temps ! (Ce fameux préavis de quatre mois, ce n’est pas pour les chiens.)
Suspendez tout ! (Et on en reparle quand vous aurez fait vos devoirs.)
Voilà donc les autorités gabonaises de l’aviation civile sommées de s’expliquer, le couperet de l’IATA suspendu au-dessus de la R4. Une affaire à suivre, entre les normes internationales et la souveraineté fiscale. Suspense.



